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Karakhamon livre ses derniers secrets

Nous avons rendu visite à la mission « South Asasif Conservation Project » dirigée par l’infatigable Elena Pischikova. La mission 2012 s’est terminée en septembre dernier, juste avant une grande conférence sur « Thèbes durant le 1er millénaire avant notre ère » à Louxor (début octobre).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis 2 ans et un premier article paru dans Pharaon Magazine n°4, le travail a considérablement avancé : dégagement de l’entrée et du vestibule, remontage des piliers, consolidation des murs, restauration du superbe plafond astronomique de la chambre funéraire. Un puzzle géant à 15 000 fragments de pierres !

Reportage de François Tonic, photos : V.T. (mission 2012)

Sous la lourde chaleur de l’été, durant quatre mois, l’équipe de l’Asasif Sud œuvre dans la tombe de Karakhamon, avec une quarantaine d’ouvriers, soutenus par plusieurs restaurateurs et renforcés par une dizaine d’étudiants en égyptologie venant de différents pays et restant sur place en moyenne un mois. Tout ce monde n’est pas de trop pour dégager les dernières parties de la tombe de Karakhamon, trier les milliers de fragments de décor et remonter les piliers et murs des différentes salles.

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Un décor énigmatique

Cette année, la fouille s’est concentrée sur le vestibule, la première cour et l’entrée de la tombe qui a été localisée et en grande partie dégagée. Le vestibule fut reconnu à la toute fin de la mission 2011, à la grande frustration d’Elena qui a dû patienter 8 mois avant de pouvoir dégager cette petite pièce. Le décor n’a jamais été terminé. Il est simplement esquissé et peint, mais il est parfaitement intéressant : scènes agricoles et viticoles, musiciens, danseurs. La qualité des dessins est remarquable et d’une grande finesse. Preuve que les artisans oeuvrant dans cette tombe étaient très qualifiés. Les dessins préfigurent les décors et les textes que l’on peut voir dans les autres grandes tombes de l’Asasif (Nord) telles que celles de Pabasa, Harwa, Padiaménopé, datant de la 25e et 26e dynastie. 

La première cour a été entièrement dégagée. Il s’agit clairement d’une cour solaire, un petit autel solaire y était aménagé. Cette partie de la tombe était plutôt stable et la structure est bien préservée. La cour est taillée directement dans le socle rocheux et, tout autour, les murs sont percés de niches et de stèles inachevées. Un demi-cercle, composé de cinq lignes courbes, taillé dans la roche, coiffe des niches. Ce décor inhabituel n’a pas encore trouvé d’interprétation très claire. Cependant, Elena évoque la possibilité d’un décor d’origine nubienne. Cette tombe a été creusée et aménagée au début de la 25e dynastie, lorsque l’Égypte est conquise par les « pharaons noirs », les rois de Napata, puissant royaume de Nubie (Soudan actuel, voir notre dossier spécial dans Pharaon Magazine n°10). Est-ce un symbole solaire ?

Qui était réellement Karakhamon ?

Après plus de 6 ans de fouilles au cœur de la tombe de Karakhamon, qui était donc ce personnage ? Il vécut sous les règnes de Shabaka (vers 716-702 av. J.-C.) et Shabataka (vers 702-690). Il était premier prêtre d’Amon (au temple de Karnak), sans que l’on sache l’importance de ce titre. Il est probable que Karakhamon occupait une position clé dans l’administration de Thèbes (Louxor moderne).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous ne connaissons rien de sa famille, ni de ses origines. Mais il est probable qu’il ne soit pas Égyptien, mais Nubien. Comment expliquer qu’une personne, « simple » prêtre d’Amon, puisse se faire creuser une tombe aussi grande avec une qualité de décoration tout à fait exceptionnelle ? Deux hypothèses pourraient expliquer cette tombe :

-       il est un proche du pharaon ;

-       il appartient à la famille royale de Napata.

Malheureusement, aucun indice n’a été découvert, pour le moment, dans la tombe. Mais l’archéologie est souvent facétieuse.

Autre question : Karakhamon fut-il inhumé dans sa tombe ? Des indices retrouvés in situ (dans la chambre funéraire) semblent confirmer cela.

Une reconstruction minutieuse

Le travail de remontage a concerné l’ensemble de la tombe. Dans la cour solaire, il s’agissait de terminer son nettoyage, chose faite cette année. Les efforts se sont concentrés sur la 2e salle à piliers, salle couverte. La fouille n’a pas permis de trouver de nouvelles salles comme cela a été envisagé. Les archéologues ont purgé les parois rocheuses des pierres branlantes et ont commencé à remonter, pierre par pierre, les murs qui entouraient la salle, ainsi que les piliers. De nombreuses pierres neuves ont été mises en place pour matérialiser l’architecture des piliers, des corniches, des murs. Dans le même temps, quand cela est possible, les fragments anciens sont replacés. Un seul pilier contient plus de 600 fragments ! Et des milliers attendent dans les entrepôts ! Dans la salle funéraire, les restaurateurs ont réussi à remettre en place plusieurs centaines de fragments.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un dernier rêve ?

Elena continuera de remonter la tombe morceau par morceau encore de longues années. Elle caresse le rêve de voir, de ses yeux, ce fabuleux monument ouvert au public et de faire découvrir la chambre funéraire par une échelle ou un escalier… Après un ultime regard sur Karakhamon, nous quittons Elena et l’équipe. À l’année prochaine, in’challa.

Nous remercions chaleureusement Elena Pischikova et Ramadan Ahmed Ali (inspecteur des antiquités égyptiennes) pour leur accueil et leur disponibilité. Un ouvrage sur les tombes de l’Assassif Sud paraîtra courant 2013.

Une tombe qui préfigure les grandes tombes de la 25e et de la 26e dynastie

La tombe de Karakhamon est un maillon essentiel pour comprendre l’architecture funéraire des 25e et 26e dynasties dans la vaste nécropole de l’Assassif. Même si cette tombe apparaît petite par rapport aux monumentaux tombeaux de Padiaménopée, Harwa, Pabasa ou Montouhemhat, la tombe de Karakhamon fait figure de précurseur. Les textes funéraires (Livre des Morts, Textes des Pyramides) sont gravés sur les piliers et les murs. Textes que l’on retrouve dans d’autres tombes de ces dynasties. Il sera intéressant de comparer les décors et les textes. La 25e dynastie est un retour aux décors (thèmes et styles artistiques) des tombes de l’Ancien Empire (presque 2000 ans plus anciennes). Pourquoi et comment un tel retour en arrière ?

Aidons le projet de conservation de l’Asasif Sud

Ce projet recouvre trois tombes : Karakhamon, Karabasken et Irtieru. Pour mener à bien ce travail année après année, il faut de l’argent. Tous les dons et mécénats sont les bienvenus.

pour en savoir plus : http://southasasif.com

pour faire un don : http://southasasif.com/Become-a-Sponsor2.html

 

 

 

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